Une journée passe, une de plus en moins comme dirait l'autre.
Tout d'abord, je tiens à vous dire Merci pour la compréhension et la délicatesse par laquelle vous me réconfortez. Tous vos commentaires sont emplis d'émotion, de compassion, et c'est tout à fait ce dont j'ai besoin pour apaiser mes craintes, mes angoisses, qui me taraudent et jouent avec mon moral. Une pensée spéciale pour ceux qui ont traversé ce même type d'épreuve et qui me l'ont fait partager. ça soulage.
J'entame donc une longue phase où je vais devoir apprendre à vivre avec mon cancer. Voilà ce à quoi je n'étais pas du tout préparé. Une vie à refaire avec patience, courage et confiance en l'avenir. Et un quotidien à ré-inventer. A 29 ans, on me demande de mettre ma vie "normale" entre parenthèses pendant un long moment, avec la difficulté d'avoir des projets au jour le jour, de par la fatigue physique, les contraintes de rdv hebdo à l'hôpital... Et ça le Temps, vous l'avez compris, c'est une angoisse. Nous qui sommes habitués à vivre à 100 à l'heure sur panam, baignés dans le culte de la performance, de la vie sociale à son maximum... me voilà mis de force sur le côté de la route, un sentiment étrange d'isolement, de décalage. Et c'est aussi un pari sur plusieurs années, puisqu'on on ne parlera pas de guérison avant 5 ans, mais de rémission complète, à chaque check-up...
La 1e année est déterminante, puisque c'est là que la greffe va "prendre" sa place, et notamment sur les 6 1ers
mois, au bout desquels elle devrait être capable de fonctionner normalement, en me fournissant les plaquettes, les globules blancs et rouge dont j'ai besoin.
J'ai donc un traitement intensif sur les 6 1ers mois, avec suivi médical récurrent à l'hopital (1 à 2 fois par semaine) et bcp de p... de médocs à prendre pour me protéger, me renforcer, me corticoïser... voilà un petit apeçu de mon "festin" à ingurgiter à peu près à chaque repas. Je les ai compté pour vous : ça en fait 14. Et je ne compte ce que vous voyez sur le côté (NEORAL), qui est le médicament anti-rejet que je vais prendre pendant 1 an (j'espère pas plus...) à heure fixe : 10h30 - 22h30, chaque jour. Difficile d'oublier ce qu'on vit avec tout ça.
Bien sûr, tout cela va diminuer au fil du temps, mais tout doucement, comme on me l'a précisé. Pour l'nstant, c'est très dur, car ça me fatigue et ça me fout une tremblotte digne d'une Parkinson (cortico + neoral) !
Bon, au chapitre des bonnes nouvelles, mon 1er bilan de cette semaine est très bon. Dixit le médecin qui me suit : "votre greffe se passe plutôt bien, je dirais même très bien."
Car pour que vous sachiez tout, le cap des 3 mois après la greffe est le plus important : c'est la période pendant laquelle peut se déclencher le GVH (rejet) aigüe, autant dire grave, avec risque de ré-hospitalisation, etc... puis viendra la surveillance du GVH chronique, moins grave, mais chiant quand même (crise de démangeaisons...)
J'ai été greffé le 17 Octobre. J + 51, la moitié de ce 1er chemin.
Voilà, j'espère que cela vous éclaire sur les difficultés que j'éprouve aujourd'hui, et qu'éprouvent d'ailleurs l'ensemble des malades d'un cancer, à retrouver goût au choses de la vie, à reprendre des repères, tout n'est qu'effort.
Pour l'instant...
A bientôt